Archevêché Grec-Melkite-Catholique
Du Diocèse de Saïda et Deir-Al-Kamar

 

Rapport sur le diocèse de Saida (Sidon) et Deir Al Kamar présenté au Saint-Synode le 9 octobre 2006 en l’occasion de l’élection d’un nouveau pasteur successeur de l’Evêque Georges KWEITER

 

 

 

Le diocèse en 1987

Le diocèse de Saida et de Deir Al Kamar est composé de 56 paroisses qui se repartissent entre la région de Saida de l’Est et le Chouf jusqu’à Nabatieh au Sud. A l’origine, 51 paroisses renferment des églises régulièrement servies tandis que les croyants des autres paroisses se rendent aux églises maronites dans la région (annexe 1). Nos églises accueillent de même nos frères maronites dans les régions où ils n’ont pas d’églises.

Le diocèse de Saida et Deir El Kamar, selon les registres officiels, compte le plus grand nombre de croyants parmi nos diocèses au Liban, preuve en est : le nombre de députés qui le représentent au Parlement. A savoir, chaque 25000 électeurs ont le droit d’élire un député, d’où notre diocèse est représenté par trois députés depuis l’Indépendance. Mais l’exode rural déclenché vers les années cinquante ainsi que l’émigration et l’expatriation due à la guerre libanaise de 1975 – 1990 a réduit ce nombre, pour cela il nous était impossible d’entreprendre un recensement exact afin de déterminer le nombre des croyants qui résident dans notre archidiocèse.

J’ai pris le diocèse en charge en 1987 ; le pays était déchiré par la guerre qui a expatrié 50 paroisses de notre diocèse et a complètement détruit 18 églises. Les autres églises furent pillées et détruites à l’exception de six paroisses situées dans la région de Jezzine qui était contrôlée par l’armée Israélienne et l’armée du Liban Sud jusqu’à l’an 2000.     

Cinquante paroisses expatriées sur 56! Devant cette réalité, je me suis senti Pasteur sans paroisse et j’ai compris que l’un de mes premiers devoirs est d’œuvrer pour le retour des croyants de mon, reconstruire les églises détruites et installer les fondations paroissiales nécessaires.

J’ai commencé en premier lieu à visiter les entités politiques et religieuses de Saida et leur réponse était : « nous avons vécu ensemble et nous voulons rester ensemble». J’ai également rendu visite à M. Walid JOUMBLAT en compagnie de mon frère, père Salim Ghazal et sa réponse était : « Retournez vite sans aucun délai, et que Dieu pardonne le passé ! Notre destin est de vivre et coopérer ensemble». J’ai également rencontré d’autres entités politiques et sociales à Beyrouth et les fils éminents de notre diocèse dont la réponse était positive et encourageante.

Après ces différents contacts, j’ai ouvert un bureau à la rue Badaro, à Beyrouth, qui m’était offert par l’archevêque Grégoire HADDAD, à qui je présente mes remerciements, ainsi j’ai pu être en contact avec les croyants du diocèse où est-ce qu’ils étaient. J’ai célébré des messes dans quelques églises à Beyrouth pour les encourager à retourner chez eux.   

Les premiers signes du retour

En effet, le retour effectif a commencé en 1990 lorsque l’armée libanaise a déployé ses forces sur tout le territoire libanais avec le retrait des milices qui occupaient nos villages. Lorsque nous avons fait le tour de nos paroisses, elles étaient dans un état lamentable : les installations d’eau pillées, les poteaux électriques arrachés et employés comme barrages ou ponts au dessus des tranchées qui servaient de refuge pour les milices. Sans compter la plupart des maisons pillées ou détruites et les propriétés agricoles brûlées ou arrachées, à l’instar des oliviers et orangers. Nous avons contacté les organisations locales et internationales pour nous aider à reconstruire les églises et les salles des paroisses (annexe No 2) et à restaurer les infrastructures nécessaires. D’ailleurs, nous avons formé un comité composé des croyants aisés de notre diocèse qui fut nommé « comité de la reconstruction du diocèse de Saida ». Ainsi, la vie a repris son cours dans le diocèse surtout dans l’est de Saida vu l’absence de tout affrontement sanguin avec les musulmans de Saida. Alors que dans la région supérieure du Chouf le retour était retardé à cause des nombreuses victimes qui ont succombées dans quelques unes de nos paroisses sans causes fondées.

Les prêtres du diocèse

Lorsque j’ai pris en charge le diocèse en 1987, le nombre des prêtres qui y travaillaient était de 4 à Jezzine et 2 à Deir el Kamar en plus des prêtres de Dar Al Inaya. Les autres avaient accompagné leurs paroissiens aux endroits de leur exode dans la région de Beyrouth ou Marjeyoun, surtout que les maisons de quelques-uns ont été aussi détruites. Ce fait nous a incité à accorder un soin particulier aux vocations ecclésiastiques. Dorénavant le diocèse a vingt-quatre prêtres (annexe No3) six parmi eux ont choisi la chasteté alors que les autres se sont mariés et travaillent avec dévouement et ardeur pour servir leur paroisse. Deux prêtres sont actuellement en train de servir des paroisses françaises. Un troisième prêtre s’est rendu à Rome cette année pour se spécialiser dans le domaine paroissial et ceci grâce à une bourse qui lui était accordée par le synode romain de l’église d’Orient. La moyenne d’age des prêtres du diocèse est de 48 ans. Notons que le monastère du Saint Sauveur envoie au diocèse des prêtres supplémentaires surtout dans les deux centres principaux à Saida et à Deir el Kamar.

Les vocations ecclésiastiques au diocèse sont nombreuses en général. Les familles sont croyantes et conservatrices même si cette croyance reste traditionnelle chez plusieurs. Les mouvements apostoliques chez les jeunes, les enfants et les fraternités sont satisfaisants et actifs. Ils constituent le capital  du diocèse pour un renouvellement spirituel et social grâce aux efforts prodigués par son éminence l’archevêque Sélim GHAZAL qui les a accompagnés dès le début de son chemin ecclésiastique dans les années 60.

 

Le Problème de la vente des territoires

Nous avons confronté un problème majeur depuis le retour de nos fils dans les années 90, celui de la vente des territoires. Un grand nombre de nos fils ayant expérimenté le niveau de vie à Beyrouth, Metn, Kesrwan et vu que certains leurs ont inculqué des idées qui les ont poussés à détester leur région : « le Sud n’est plus à nous, le Sud est aux palestiniens », ces derniers ont vendu en secret ou ouvertement leurs propriétés qu’ils ont héritées sans effort ou peine de leurs pères et grands-pères. Le diocèse s’est vu obligé de les sensibiliser autant que possible, mais il fut contraint d’acheter un grand nombre de ces biens-fonds afin de rassurer les craintifs d’entre eux. Il possédait ces jours-ci quelques épargnes en provenance des donations étrangères offertes au diocèse. Le coût d’achat de ces biens-fonds s’élevait à de 3.002.938 dollars américains (annexe No 4). L’acquisition de ces bien-fonds a rassuré certains qui ont dit: « si l’archevêque n’était pas convaincu que nous resterons dans notre terre il n’aurait pas acheté ces biens-fonds.»

Nous pouvons dire aujourd’hui que le retour s’est réalisé même s’il ne manque la même ampleur de l’avant-guerre. Le retour complet est relié sans doute à la situation économique et surtout politique en rapport avec l’implantation des palestiniens qui constitue le principal souci de nos fils.

 

Les ressources du diocèse

 

Les ressources financières du diocèse se fondent sur un nombre de centres commerciaux autour de l’archevêché de Saida et surtout sur les efforts déployés par l’archevêque Basillius HAJJAR qui a construit la cathédrale actuelle en 1895 en plus des immeubles dans une rue nouvellement conçue à cette époque connue sous le nom de « la rue de l’archevêque ».

Ces établissements commerciaux comprennent une association philanthrope nommée « Wakf des pauvres de Saida » s’occupant des pauvres ainsi que de certains projets sociaux et sur le diocèse lui-même sous la supervision directe du  père supérieur. Cette coopération sera plus facile dans l’avenir vu que les projets de développement à l’instar de la construction des églises et d’autres édifices est presque achevée. D’autre part, nous œuvrons afin de repartir les salaires des prêtres sur les paroisses aisées et le fonds du diocèse ce qui diminue progressivement le fardeau de ce dernier.

 

Notre Dame de Mantara ou de l’Attente

Notre Dame de Mantara est considérée parmi les sites religieux éminents du diocèse. Elle est située à l’entrée du village de Maghdouché. Il s’agit d’une grotte naturelle où la Sainte Vierge attendait son fils Jésus-Christ lorsqu’il prêchait dans la région de Saïda. Les premiers Chrétiens l’ont transformée en un sanctuaire pour vénérer la Sainte Vierge et demander sa protection. Notre Dame de Mantara est surtout connue pour les miracles portant sur les enfants et l’exhaustion des implorations des femmes stériles qui la supplient de tomber enceintes pour semer la joie et le bonheur dans la famille. Les registres de la grotte témoignent sur les expressions de gratitude de Im-Hassan (mère de Hassan) et Im-Mohammad (mère de Mohammad) et bien d’autres la remerciant pour avoir exhaussé leurs vœux.

En 1963, notre éminent prédécesseur Bacilius KHOURY a édifié une belle de 34 mètres de hauteur qui porte la statue de la Vierge Marie surplombant la côte sidonienne et les quatre directions avec majesté et élégance.

Ce lieu fut détruit et pillé durant les événements de 1986, nous l’avons alors restauré et enjolivé. Ayant remarqué le grand nombre de visiteurs qui s’y rendent du Liban et de l’étranger, nous avons construit en 2003 une basilique qui peut accueillir 1300 personnes, caractérisée par une magnifique architecture byzantine où les visiteurs peuvent célébrer les messes à l’abri du soleil et de la pluie. Le travail en béton fut achevé et la basilique sera ornée  avec des toiles religieuses qui représentent la vie de la Vierge Marie à commencer par l’annonciation jusqu'à son assomption. Les dépenses consacrées à la construction de la basilique s’élèvent à 2.350.000 dollars provenant de donations locales et étrangères sans avoir recours aux ressources du diocèse. Il convient de noter que ce montant couvre le coût de la basilique telle qu’elle est aujourd’hui en plus des trois étages inférieurs résultant d’une inclinaison évidente de la nature du sol. Ils sont supposés être utilisés dans l’avenir pour des activités paroissiales et sociales diverses.

Vu que le Sud du Liban est l’expansion des terres saintes en Palestine et que 10 événements mentionnés dans la Bible s’y sont déroulés tels la visite du prophète Elia à Saraft de Saida (Sarafand actuellement) et la transfiguration du Christ sur le mont Hermon, nous avons incarné cet événement sur des tableaux rocheux en plein air aux alentours du sanctuaire, qui s’étendent sur une distance de 300 mètres et que nous avons nommé « la voie du sanctuaire » que le visiteur prend tout en contemplant la profondeur de sa signification (annexe No 5).

 

Appartenance sociale et religieuse du diocèse 

Notre diocèse se distingue par sa grande diversité démographique en comparaison avec les autres diocèses. Les musulmans sunnites dans la ville de Saida et la province, les chiites au sud de Saida et à Nabatieh, les druzes au Chouf, les palestiniens dans le camp de Ain El Helwe, à savoir, le plus grand camp palestinien parmi les treize camps au Liban. Le diocèse coopère avec eux en toute sincérité et transparence. Je vous avance la preuve de l’intimité de la relation historique qui nous lie à nos frères les druzes. L’archevêque Aftimos SAIFI qui a pris le diocèse en charge depuis 1683, a entamé la construction de Deir El Mokhalles (couvent du Sauveur) en 1711 sur un bien-fonds qu’il a acheté à un prix symbolique de nos frères les druzes. Le chef druze avait alors une chambre privée dans l’un des pavillons du couvent où il se rendait lorsqu’il voulait. Lorsque Carlos Tanas le sixième a été élu en 1724, premier patriarche de la communauté, il a cherché refuge au couvent pour un certain temps afin d’échapper à la poursuite du patriarche orthodoxe Silvestros KOBROSI, alors le leader Ali JOUMBLAT lui écrivit: « c’est notre couvent et ce sont nos moines, vous ne serez pas épargnés si vous pénétrez le Mont des Druzes ».

L’archevêque Bassilius HAJJAR qui a dirigé le diocèse depuis l’an 1886 jusqu’à l’an 1916 a visité le Sultan Abdul Hamid à Istambul qui lui fait donation d’une bonne somme d’argent pour aider nos frères les sunnites et ce afin de restaurer la Grande Mosquée endommagée par une tempête maritime qui l’a détruite en grande partie. Il a également transmis du Sultan des médailles aux chefs des familles sidoniennes ce qui a consolidé ces relations fraternelles dons nous tirons profit dans notre vie quotidienne et dans d’autres occasions. Par ce témoignage, je précise l’importance du caractère ouvert, coopératif, sincère et prêt à dialoguer afin de poursuivre cette voie unique et préserver cette tradition héritée depuis des siècles.

Du point de vue chrétien, la ville de Saida est en outre le siège de la communauté maronite qui compte quatre-vingt paroisses. Elle est également siège de la communauté orthodoxe de façon irrégulière bien que le nombre de ses familles au diocèse ne dépasse pas les dizaines et la plupart d’entre eux sont des employés venus de l’étranger travailler dans les entreprises de la région. Ce nombre réduit est attribué à l’archevêque Aftimos SAIFI qui a établi l’ordre des moines du couvent MOUKAHLLES et qui a oeuvré avec eux afin de convaincre les orthodoxes de redevenir catholiques ; en effet, son vœu s’est réalise.

 

Notre église Melkite est donc présente dans le diocèse à travers le couvent principal de l’ordre du Sauveur près de Joune qui a subi plusieurs calomnies mais qui a résisté afin de préserver l’existence chrétienne dans la région. Cet ordre possède également trois petits couvents dans le diocèse qui reçoivent des groupes de prière et de retraite spirituelle et qui prend soin des paroisses adjacentes : le couvent de Notre Dame près du couvent Moukhalles, le couvent de Mzayraa près de Jezzine et le couvent de Ammik au Chouf. L’église possède également Dar el Inaya près de Saida qui est un projet social et une école technique au service des orphelins et des cas difficiles de toutes les communautés. L’orphelinat comprend 80 orphelins contre quatre cent cinquante élèves à l’école technique qui poursuivent leur spécialisation professionnelle dans l’un des ces quinze succursales sous le thème « le développement est la voie de la paix ». En outre, l’ordre possède un centre près de Saida qui porte le nom du « centre du développement et du dialogue » formé par un groupe de jeunes chrétiens et musulmans cultivés et dirigé par son éminence l’archevêque Salim GHAZAL qui œuvre pour consolider le dialogue sincère par le biais de réunions, de conférences et de projets de développement soutenus à cet effet par des institutions locales et étrangères.

Les sœurs du couvent Moukhalles possèdent le couvent principal et le couvent du noviciat près du couvent Moukhalles ainsi que la direction de plusieurs écoles comprenant le siège du patriarche Maxime le Cinquième Hakim à Abra. La communauté maronite possède dans le diocèse, outre les prêtres des paroisses, plusieurs centres éducatifs et paroissiaux établis par les moines et les soeurs à commencer par l’ordre libanais et Antonin dans la region de Jezzine et Nabatieh et l’université mariamite à Deir El Kamar. D’autre part, les associations des soeurs: les Saints Cœurs, Saint Joseph de l’Apparition, les sœurs des apôtres, antonines et franciscaines, les sœurs de la croix, la sainte famille, les sœurs de la charité et les Besançon.

Enfin en ce qui concerne la communauté orthodoxe, mes chers confrères éminents doivent savoir ce qui suit : lorsque les fils du diocèse ont adopté le catholicisme à l’époque de son éminence Aftimos SAIFI, la cathédrale de Saint Nicolas était mise à la disposition de notre communauté catholique mais à la fin du XVIIIe siècle, le tyran Wali Akka a ordonné d’autoriser aux orthodoxes de prier dans l’église. En 1850, le premier archevêque orthodoxe a été élu à Saida pour succéder à son éminence SAIFI. Il a érigé un mur solide qui sépare l’église en deux corridors l’un conservé aux catholiques l’autre aux orthodoxes avec une entrée privée pour chacune des deux églises et il en est toujours de même.

 

En 1985 l’archevêque Ignatios Raad a essayé de laisser l’église antique aux orthodoxes mais le Synode a refusé alors cette demande. Lorsque je devint pasteur de ce diocèse en 1987, j’ai réitéré cette demande au Synode 88 et la réponse était toujours négative à partir du principe suivant « l’histoire ne s’aliène pas », ce qui veut dire que cette église est le berceau de l’ordre Moukhalles où les moines du couvent ont vécu les vingt premières années jusqu’ à leur transfert au couvent Moukhalles actuel en 1711.

 

Voila un aperçu général sur le diocèse de Saida et Deir El Kamar. Je prie Dieu pourqu’il accorde tout le succès au Synode de notre communauté dans l’élection du bon pasteur afin qu’il poursuive sa mission et qu’il comble ce qui y manque pour servir l’église et rendre gloire à Dieu.

 

 

Saida, le 30 septembre 2006

 

L’archevêque Georges KWEITER +

Archevêque Supérieur de Saida et Deir Al Kamar

Des Grecs Catholiques

 

      

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